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CANTAL-LIENS

 

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association de liaison pour la généalogie et l'histoire populaire du Cantal

...La généalogie autrement

 

 

1770, A briser les reins… l’affaire Malapeyre

 

Nous allons entrer dans l’affaire Malapeyre  telle que me l’ont racontée mes ancêtres seigneurs ou notables de la Châtaigneraie : François Valentin de Boissieux, Domiquel, Jean Montarnal, de Conquans et Maffre …
mais surtout empruntée à :
- la consultation de l’arrêt de la Cour au Parlement et le jugement trouvé aux AD15 (dossiers criminels 1769/1770)
- un procès verbal du jugement de torture par l’inquisition aux AD de Clermont Ferrand
- et une fois n’est pas coutume largement aussi empruntée à une étude de Bernard Vinatier parue dans une revue de la Sté d’études de la Haute Auvergne
 « … en conséquence, nous Collinet de Niossel, Président de la Chambre du Conseil du Présidial de la ville d’Aurillac, ainsi qu’il en a été délibéré et décidé par les représentants de cette dite Chambre, condamnons Jean Malapeyre à avoir les bras, jambes, cuisses et reins, rompus vifs par l’exécuteur de la haute justice, sur un échafaud qui sera dressé en la place publique de cette ville, et mis en suite sur une roue pour y demeurer tant et si longtemps qu’il plaira à Dieu lui conserver la vie, ce fait son corps mort sera porté par le dit exécuteur, aux fourches patibulaires des Crozes.
Le dit Malapeyre sera préalablement soumis à la question ordinaire et extraordinaire, pour avoir par sa bouche révélation de ses complices. Ceux-ci étant actuellement inconnus, sont condamnés par contumace à avoir bras, jambes, cuisses et reins, rompus vifs, ce qui sera exécuté par effigie et transcrit sur un tableau qui sera attaché à un poteau planté à cet effet sur la place publique »

François Valentin de Boissieux replia son document, un silence pesant se fit dans la grande salle du château de Ladinhac et chaque visage était emprunt de gravité. Il y avait là toute la noblesse avoisinante, les De Lanzac seigneurs de Montlogis, les De Conquans seigneurs de Junhac, les De Boissieux seigneurs de Ladinhac et occupant les lieux, Henri Maffre conseiller au Baillage d’Aurillac, et Joseph Miquel notaire avocat et greffier au Présidial d’Aurillac. Tous s’étaient réunis après l’exécution de Malapeyre pour commenter l’évènement qui les avait bouleversés et dont ils tenaient en mains le compte rendu.
La sentence avait été imprimée et affichée à Aurillac, Leynhac, Marcolès, Montsalvy et Ladinhac. Le bruit fait par ce jugement avait eu des répercussions bien au-delà de la région et l’on s’en était tenu informé jusqu’à la cour royale de Louis XV car le personnage avait fait un séjour dans les cachots de la Conciergerie à Paris.
Au départ de cette affaire, il y avait quelques années, un drame se joua aux confins de l’Auvergne, du Quercy et du Rouergue. Des incendies éclataient et les vols commis  inquiétaient les paysans. Ils signalaient le passage d’un même individu, voyaient la même silhouette se dissimuler dans les taillis, les bosquets, les friches et les ravins. C’était en 1765.
Ce n’est que cette année 1770, cinq ans plus tard, que le coupable « boute feu » et voleur fut capturé, emprisonné, jugé et condamné. Il sera le dernier à périr sur le bûcher et ses cendres s’éparpilleront dans le ciel d’Aurillac. Il ne restera de lui, pour un temps, qu’un nom maudit : Malapeyre

Dans la salle du château Jean Miquel évoque la scène de la sentence qu’il avait lue à l’accusé en tant que greffier du tribunal. Comme c’est l’usage il s’était exprimé lentement, avec application, tandis que le lieutenant général regardait l’accusé avec indifférence, sa tâche était à présent terminée, le reste était l’affaire du bourreau.
L’instruction du procès avait été consciencieusement menée. En quatre mois les dépositions de 37 témoins furent entendues et l’accusé fut interrogé 4 fois. A l’exception de 4 témoins qui ne parlèrent que par ouï dire tous les autres étaient des gens de bonne foi et des témoins directs. D’ailleurs Malapeyre n’en récusa aucun. Il s’agissait essentiellement de gens de Leynhac et de Marcolès.
Arrêtés dans le Limousin en 1769 Malapeyre fut aussitôt incarcéré le 14 novembre dans les prisons d’Aurillac et aussitôt interrogé par Collinet de Niossel président du tribunal. La machine judiciaire est en marche et ne s’arrêtera qu’avec le jugement, la condamnation et l’exécution de l’accusé

6 chefs d’accusation
Premier chef : Incendie
 Pierre Souquières laboureur à Marcolès déclare :
« le 14 septembre 1765 au début de la nuit, pendant qu’on soupait quelqu’un mit le feu à la grange de mon père.. Elle était couverte de paille et remplie de grains et de foin. Rien n’a pu être sauvé. De plus, pendant l’incendie quelqu’un s’en alla enfoncer et briser les serrures des armoires et coffres du voisin Courbebaisse et lui vola une somme considérable, de sorte qu’il apparaissait que l’incendie avait été allumé pour occuper le monde au dehors afin de permettre le vol au-dedans ».
Deuxième chef : vol avec effraction
Pierre Courbebaisse marchand à Marcolès déclare :
«  … les voleurs brisèrent neuf serrures de mes coffres et armoires à coups de hache et s’emparèrent d’une somme de 5160 livres. Malapeyre qui était fort pauvre montra à différentes personnes de l’or et de l’argent qu’il ne pouvait avoir avant le vol. Quinze jours après il acheta un domaine qu’il paya comptant. Il fut reconnu à la foire de Maurs et s’enfuit aussitôt dans la province du Limousin. »
Troisième chef : vol avec agression
Guillaume Puech bouvier à St Antoine déclare :
«  le 9 décembre 1766 un dimanche que je revenais de Leynhac, dans la nuit, le nommé Malapeyre et un autre sortirent d’une palissade où ils étaient cachés et me saisir au collet :
-          la bourse ou la vie ? menacèrent-ils
-          vous badinez ?
Malapeyre voulait de l’argent et saisit 51 livres dans ma poche. Je lui criais alors :
«  Malapeyre, je n’aurais jamais crui que vous fassiez un pareil métier »
Se voyant reconnu il lâcha l’argent et s’enfuit à toutes jambes
Quatrième chef : vol sans effraction
Jean Plaignhe prêtre et vicaire de Leynhac déclare pour la victime Géraud Fabrègues :
«  le 24 mars 1766 on lui vola 33 livres mais interrompus dans leur action les voleurs laissèrent une vieille paire de souliers à eux. Rencontrant la sœur de Malapeyre à Leynhac je lui demandais si elle reconnaissait ces souliers réputés être à Malapeyre et elle répondit que oui ».
Cinquième chef : vol de bétail
Antoine Lacamp laboureur à Senailhac en Quercy déclare :
« la nuit du 2 juin 1769 on me vola 32 moutons dans mon écurie. Un mois après, à la foire de Vitrac, on me dit que c’était Malapeyre le voleur. Je me rendis chez lui où sa femme me dit que les bêtes étaient chez le notaire Bady de St Antoine. Chez le notaire je reconnu 24 de mes bêtes et celui-ci me déclara que c’était Malapeyre qui les lui avait livrés et qu’il avait vendu au forgeron de St Antoine sept moutons qui manquait et qu’il avait égorgé le dernier pour le manger »
Sixième chef : vol de bétail
Jean Valade laboureur à Ginoulhac en Rouergue  déclare :
« le soir du 18 juin 1769 on me vola une vache que je venais d’acheter à la foire d’Entraygues. C’est Jean Montarnal du village de Riols près de Montsalvy qui m’instruisit qu’elle était chez Malapeyre fils à Leynhac qui l’avait vendue à la foire de Marcolès »